Preface

Besoin de rien, envie de toi
Posted originally on the Archive of Our Own at https://archiveofourown.org/works/53008456.
Back to the library.

Rating:
General Audiences
Archive Warning:
No Archive Warnings Apply
Category:
M/M
Fandom:
The Avengers (Marvel Movies)
Relationship:
Steve Rogers/Tony Stark
Characters:
Tony Stark, Steve Rogers, Natasha Romanov (Marvel)
Additional Tags:
Pre-Relationship, Happy Ending, Silly, Love Potion/Spell, Mutual Pining, Not Beta Read, Getting Together, Idiots in Love
Language:
Français
Stats:
Published: 2024-01-13 Words: 14,872 Chapters: 1/1

Besoin de rien, envie de toi

Summary

Un sort force Tony à chanter des chansons d'amour à la personne qu'il aime.

Notes

Cet OS a mis du temps à sortir. J'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture !

Besoin de rien, envie de toi

La brûlure réveilla Tony, comme si des milliards de fourmis se baladaient sur lui, à l’intérieur de lui, pour finir de converger dans ses yeux. Il mit un peu de temps avant de comprendre sa situation. Toujours dans son armure, il flottait dans les airs, une voix inquiète retentissant dans ses oreilles.

— Tony, réponds-moi !

— Je vais bien, Cap, répondit-il quand il reprit ses esprits, je suis là.

Il se redressa alors qu’un soupir de soulagement retentit dans ses oreilles. Tony ne put s’empêcher de ressentir de sourire. Encore une preuve que Steve l’appréciait un minimum. Il secoua la tête pour se reprendre. Ce n’était pas le moment de penser à ça, il y avait plus urgent à gérer.

— Oh, Tony. Comment tu te sens ? J’ai cru que tu allais t’écraser.

— Je me sens…, commença-t-il en essayant de cataloguer ses émotions, bizarre. JARVIS me dit que je ne suis pas blessé. Et tu penses vraiment que JARVIS me laisserait m’aplatir comme une crêpe ?

Il entendit le rire de Steve, faisant paniquer les papillons que Tony avait dans le ventre dès qu’il entendait ce son mélodieux. Il fallait vraiment qu’ils arrêtent de bouger de cette manière.

— Tony ? Tu te sens capable de voler ? J’ai trouvé une idée pour l’arrêter.

Tony repéra Steve sur le toit d’un bâtiment proche de lui et atterrit doucement devant lui.

— Une idée ? J’ai peur de tes propositions. Je ne voudrais pas que tu te casses quelque chose, vieil homme, répondit Tony avec un sourire après avoir relevé sa visière.

À peine vit-il Steve qu’un coup de vertige le prit soudainement, un filtre tomba sur ses yeux, et sa gorge sembla se bloquer. Il mit une main paniquée contre sa gorge, ses doigts cherchant à détacher l’armure. Les yeux écarquillés et inquiets, Steve bondit jusqu’à lui.

— Tony ! Qu’est-ce qu'il se passe ? Est-ce que je peux faire quelque chose ?

Tony ouvrit la bouche pour répondre mais ce fut tout autre chose qui sortit.

Lady, I'm your knight in shining armor.

Tony pâlit, mortifié par ses mots, son chant. Steve lui jeta un regard incrédule, confus par la situation. Et il n’était pas le seul.

— And I love you, you have made me what I am and I am yours. JARVIS, arriva-t-il à dire finalement avant que la prochaine phrase ne commence, la visière.

L’IA ne se fit pas attendre et referma la visière dans un clic. Tony alluma les répulseurs inférieurs, s’envola pour éviter de regarder Steve et de se mettre à chanter à nouveau.

— Stark, atterris !

— J’peux pas Cap, je dois rentrer.

— On n’a pas fini ici ! protesta Steve en fronçant les sourcils.

— Désolé, je dois parler à ce petit sorcier. D’ailleurs, où est passé ce petit con ? se demanda Tony à voix basse.

— SHIELD l’a emmené.

Tony leva les yeux au ciel. SHIELD lui cassait les pieds souvent.

— Très bien, parfait. Direction SHIELD alors.

Avant que Steve ne puisse protester à nouveau, Tony le laissa sur le toit du bâtiment. Il ne pouvait pas rester là.

— JARVIS, trouve-moi où est-ce qu’ils ont emmené ce sorcier, j’ai deux mots à lui dire. Ou dix.

— Bien, monsieur.

Pendant que JARVIS effectuait sa recherche, Tony vola vers le QG de SHIELD. Même si les recherches de JARVIS faisaient chou blanc, ce qui était presque impossible, Nicky devait bien avoir des informations pour lui, même à contrecœur ou involontairement.

En moins d’un quart d’heure, Tony était déjà arrivé au QG de SHIELD et manœuvrait pour atterrir sur le toit. Une mauvaise surprise l’attendait dans la forme de Nick et un médecin. Tony s’arrêta dans sa descente et évita de regarder les deux hommes au cas où il se mettrait à chanter.

— Stark, descends de là, ordonna Nick dans son casque.

— Arrête de pirater JARVIS, dit Tony pour le faire suer.

— Je n’aurais pas à le faire si tu écoutais un minimum, contra Fury, calmement. Le capitaine Rogers nous a informés de ta visite et nous a aussi dit que tu avais été touché par un de ses rayons magiques.

Et Tony l’avait trop habitué à être docile. Il fallait changer ça.

— Je veux juste voir le sorcier. Si tu me dis où il est, je te laisserai tranquille.

— Pour une fois dans ta vie, tu pourrais suivre le protocole, soupira Fury.

— Pourquoi je ferais ça ? Ça serait aller dans ton sens, Nicky, et personne ne veut ça.

— Très bien. Allez-y.

Se doutant que Fury ne venait pas de l’autoriser à partir, comme s’il en avait besoin de toute manière, Tony se prépara à faire une manœuvre évasive. Tout d’un coup, son armure s’éteignit, ses répulseurs toussotèrent deux, trois fois et il tomba comme une pierre. Une putain d’IEM.

Avant qu’il puisse s’énerver contre Fury, Tony essaya désespérément de rebooter l’armure mais JARVIS ne répondit pas depuis l'armure. Aveugle, le cœur dans la gorge et l’estomac en bataille, et sachant qu’il ne pouvait rien faire, Tony ferma les yeux et se prépara au crash.

Un choc l’arrêta brutalement dans sa chute mais il n’avait pas l’impression d’avoir faire un trou dans le sol. L'atterrissage fut un peu trop doux à son goût. Pas qu'il s'en plaigne, mais c'était suspicieux.

— Pourquoi je ne me suis pas écrasé comme une crêpe ? se demanda-t-il à voix haute.

— Parce que je t'ai rattrapé, répliqua la voix de Steve, étouffée par le casque mais les mots assez clairs pour Tony.

Son cœur bondit dans sa poitrine, et ce n’était pas par peur de la chute.

— Qu’est-ce que tu fais ? s’écria Tony quand il sentit qu'on le déplaçait.

— Je t’emmène à la baie médicale. SHIELD devrait t’ausculter. J’ai peur des conséquences de ce sort.

— Rogers, lâche-moi de suite ! Je vais bien.

— Stark, grommela Fury. Si tu laisses Capitaine Rogers t’emmener à la baie médicale, je te laisserais voir le sorcier.

— Je vais porter plainte contre toi, Fury, pour avoir utilisé un IEM sur moi. Je te jure que je le ferais, s’écria Tony, de la colère montant en lui quand il l’entendit parler.

— Tu ne veux pas voir le sorcier alors ?

Tony se mordit la langue pour ne pas répondre méchamment. Même si Fury l’autorisait quelques piques contre lui, il y avait une limite que même l’inventeur ne pouvait pas dépasser.

— Fury, vous exagérez, lâcha Steve. Vous n’auriez pas dû utiliser cet IEM. Et Tony, tu as perdu connaissance.

— Je vais bien, Steve, répondit Tony avec un soupir.

— Non ! s’écria Steve, je ne veux rien entendre. Le protocole stipule que si on est blessé pendant un combat, on doit se faire ausculter.

Tony maudit le fait que son armure ne fonctionnait plus, il aurait peut-être mis un petit coup de répulseur sur Steve à cette phrase.

— Je crois savoir comment je me sens.

— Tu n’es pas médecin, soupira Steve. Tu ne veux pas sortir de ton armure ?

— Quoi ? T’es trop faible pour supporter le poids ? fit Tony en blaguant.

Il n’avait aucune envie d’enlever l’armure devant Steve si ça voulait dire se remettre à chanter… ce qu’il avait chanté.

— Et puis, je pourrais devenir médecin très facilement si je le voulais, grommela Tony.

— Qu’est-ce que t’as dit, Tony ?

L’ingénieur ne répondit pas.

— Tony ? Tout va bien là-dedans ? demanda Steve, de l’inquiétude dans la voix. Tony, réponds-moi s’il te plaît. Hé ! s’écria Steve, sa voix un peu éloignée, appelle des médecins, je crois que Tony a perdu connaissance.

— Ouah, non, Steve, arrête, s’écria Tony, je vais bien, désolé.

Il entendit Steve soupirer, puis il se sentit à nouveau bouger.

— On est dans l’ascenseur, prévint Steve, la voix raque pour une raison inconnue. On arrive bientôt.

Quelques minutes plus tard, Tony passait enfin les portes de la baie médicale de SHIELD.

— Merci Capitaine Rogers. Vous pouvez y aller maintenant, dit le médecin de garde.

Il put presque sentir la surprise de Steve alors qu’il ne pouvait pas le voir.

— Bien sûr. Je serais dehors, Tony.

— Oui, oui, vas-y.

Tony se sentit presque mal de renvoyer Steve ainsi, presque froidement. Mais il était vraiment content que le médecin de garde eût demandé à Steve de partir. Il ne s’imaginait pas en train d’essayer d’éviter de regarder Steve pendant toute la consultation.

— M. Stark, aidez-moi à enlever l’armure.

On lui prit le bras, et bien que le médecin n’essayât pas de le lui arracher, Tony ne supporta pas qu’on le touche.

— Non, ça ira, je vais me débrouiller. Vous pouvez partir.

— M. Stark —

— Partez ! gronda Tony, le souffle court alors qu’il essayait de calmer son cœur qui battait la chamade.

— Très bien, M. Stark. Je m’en vais. Je reviendrais pour vous ausculter.

— Ne faites entrer personne, exigea Tony, sachant que Steve profiterait de la première occasion pour s’infiltrer et s’enquérir de sa santé. Surtout pas le bon vieux capitaine.

Dès que Tony fut seul dans une armure morte, il perdit toute sa composition. Son cœur continuait à s’emballer dans sa poitrine, sa respiration se faisait de plus en plus difficile, des gouttes de sueur commençaient même à perler sur son front, son cou, ses mains. Il voulait juste sortir de ce cercueil de fer. Pourquoi est-ce que Fury avait balancé cet IEM sur lui ? Il connaissait pourtant les effets !

Respire, respire, respire.

— Tony ?

Tony cligna des yeux même, ne sachant pas combien de temps s’était passé, une fatigue immense alourdissant tout son corps s’ajoutant à celle de l’armure.

— Tony, c’est Natasha.

Dans un premier temps, un grand soulagement le submergea. Ce n’était que Natasha. Natasha était OK. Natasha allait l’aider. Puis il se souvint qu’il avait demandé au médecin de ne laisser personne entrer. Mais, factuellement, peu de choses pouvaient arrêter Natasha quand elle voulait s’infiltrer quelque part. Il n’aurait eu aucun choix.

— Nat, je peux pas — aide-moi s’il te plaît.

— D’accord, Tony. Je vais t’aider.

Elle ne nota même pas l’usage du « s’il te plaît », ce qu’elle aurait fait sans hésitation en temps normal. Natasha mit quelques minutes pour trouver les ouvertures de l’armure mais elle la connaissait assez bien pour ne pas se tromper.

Quand l’armure s’ouvrit, Tony trébucha en sortant et se laissa tomber au sol. Il s’assit en tailleur, posa la main sur le réacteur ARK et ferma les yeux. Même s’il était sorti, sa gorge et ses poumons semblaient ne pas laisser passer d’air. Des larmes de frustration perlèrent aux coins de ses yeux. Il plia les genoux contre sa poitrine, posa la tête sur ses genoux et compta ses respirations.

Un, deux, trois, inspire. Quatre, cinq, six, retiens. Sept, huit, neuf, expire.

Un, deux, trois, inspire. Quatre, cinq, six, retiens. Sept, huit, neuf, expire.

Un, deux, trois, inspire. Quatre, cinq, six, retiens. Sept, huit, neuf, expire.

Peu à peu, sa respiration reprit enfin un rythme normal et il pouvait encore respirer à fond. Une main sur sa tête le fit sursauter. Natasha fit un pas en arrière et leva les mains en l’air en voyant qu’il avait levé la paume vers elle.

— Désolé, s'excusa-t-il, embarrassé qu’elle ait été témoin de sa crise. Comment tu savais que je serais là ?

— Mon petit doigt m’a dit. Steve m’a prévenue, ajouta-t-elle quand Tony ne rit pas à sa blague. Il semblait inquiet.

— Ça fait longtemps que tu es là ? demanda Tony.

Natasha secoua la tête.

— Non, quelques minutes tout au plus. Je me suis doutée que vous seriez là après votre combat, même si je suis étonnée de te voir ici spécifiquement. Il s’est passé quelque chose ?

Tony jeta un regard à son armure éteinte et éventrée, puis revint sur Natasha.

— Fury m’a forcé la main.

— Je parlais entre toi et Steve.

Le regard fuyant, Tony se releva et épousseta son pantalon.

— Rien de particulier. St — Cap avait un plan, et j’en avais un autre. Ça ne lui a pas plu, comme d’habitude.

Tony lui lança un sourire narquois, le genre de sourire qu’il réservait à la presse. Natasha haussa rapidement les sourcils vers le haut, seule démonstration visible de ses pensées. Ne voulant pas continuer cette conversation, Tony se détourna d’elle et commença à bidouiller l’armure en espérant qu’elle ne dit rien. Mais c’était Natasha, et elle n’était pas du genre à laisser les choses en paix.

— Les rumeurs vont bon train.

Tony soupira.

— Quel type de rumeur ? Tu sais bien qu’il y a au moins une dizaine de rumeurs qui tournent sur moi chaque nouvelle heure.

Il se retourna pour la regarder. Natasha, comme à son habitude, n’était pas impressionnée.

— Que Steve et toi soyez au bord de la rupture, comme à chaque fois.

Tony se figea au mot rupture, son cerveau lui rappelant très gentiment la chanson qu’il avait chantée à Steve avant qu’il ne puisse s’enfuir.

Ne s’attendant pas à ce qu’il réponde, Natasha reprit :

— Qu'importe la raison de ta crise d’angoisse, tu sais que tu peux m’en parler ?

Tony lui lança un autre sourire, mi-moqueur, mi-sincère.

— J’y penserais.

Peu de personnes avaient droit à ses confidences, et Natasha ne faisait pas exactement partie de ce groupe fermé. Presque personne n'en faisait partie, pour dire la vérité. Même Steve.

Il sortit son téléphone. Grillé par l’IEM lui aussi. Fury allait le lui payer.

— Tiens.

Natasha lui tendit son téléphone. Tony le prit avec un sourire reconnaissant.

— JARVIS, tu m’entends ? demanda-t-il après avoir activé les commandes vocales.

— C’est un soulagement de vous entendre, monsieur.

— C’est un soulagement de t’entendre JARV. Donne-moi les dernières actualités.

Il voulait voir si le public ou les sites des médias avaient remarqué quelque chose d’étrange entre Tony et Steve. C’était une chose qu’il y avait des rumeurs à SHIELD, c’en était une autre si l’opinion publique reniflait un problème chez Avengers. Il suffisait d’un moment mal compris pour faire la Une, et ce n’était jamais positif, surtout lorsqu’il était question de Tony.

— SHIELD est intervenu et a appréhendé le sorcier, il n’y a pas de victimes à déplorer.

Tony ferma les yeux de soulagement. C’était déjà ça de pris. Si ce n’était que matériel, il pouvait aider. Cette histoire pourrait passer sous le tapis.

— Justin Hammer a fait une nouvelle annonce.

— Est-ce que j’ai envie de savoir ?

— Non, Monsieur.

Natasha souffla de rire mais ne commenta pas. Il y avait bien une chose qu’ils avaient en commun : ne pas avoir des nouvelles de Justin Hammer.

— Autre chose ? relança Tony en se passant une main dans les cheveux, grimaçant à cause de la sueur qu’il récupéra en chemin.

— Rien de particulier. Après la bataille, les actions de Stark Industries ont baissé. Jameson s'est félicité d’avoir bien vu que les superhéros représentaient une menace pour l’humanité. Les autres médias se demandent l’existence des superhéros n’entraîneraient pas plus d’attaques de vilains magiques ou non.

— Donc, rien de nouveau à l’horizon. Merci, JARVIS. Ah, fit-il, contacte Dr Strange. Ou Wong. Ou la personne qui s’occupe du secrétariat de ces magiciens jamais disponibles, et dis-leur que c’est urgent. Je ne veux pas que l’incident du combat se reproduise.

— Que dois-je leur dire ? demanda JARVIS.

— Que… commença Tony avant de s’interrompre, ayant complètement oublié la présence de Natasha.

Le regard de cette dernière s'aiguisa.

— Juste… qu’ils me rappellent. C’est urgent.

— Monsieur —

— Maintenant JARVIS, coupa Tony.

— Bien, monsieur, fit JARVIS avant de s’éteindre.

Tony fit une légère grimace. JARVIS n’était qu’une IA mais parfois, c’était difficile de ne pas entendre le vrai Jarvis, et ne pas se sentir coupable. Si tu ne l’avais pas nommé comme ça, pensa-t-il, et si tu ne lui avais pas donné cette voix… Mais ça ne serait plus JARVIS.

— Tony, pourquoi est-ce que t’as besoin de contacter Strange ? demanda Natasha.

— Par rapport au sorcier. Je veux juste m’assurer qu’il n’a pas fait de mal à des civils.

S’il avait réussi à ensorceler Tony, qui sait ce qu’il avait fait d'autre ?

Natasha ne semblait pas convaincue par sa réponse mais Tony s'en fichait pas mal. Tout ce qu’il voulait, c’était qu'on le laisse tranquille et parler à ce satané sorcier avant de s'enfermer le temps que le sort disparaisse. S'il disparaissait un jour.

— Nat, j’aimerais bien prendre une douche si ça te dérange pas.

Tony voyait bien qu’elle ne voulait pas partir de tout de suite, qu’elle voulait toujours lui poser des questions mais elle savait aussi qu’il ne fallait pas trop insister avec Tony.

— D’accord. On en reparlera. Et fais-toi bien soigner si tu as été blessé.

Une fois seul, Tony soupira et ferma les yeux quelques instants avant de les rouvrir. Son armure était ouverte sur le sol. Cette triste vision lui donnait simultanément un pincement au cœur et des palpitations ; le souvenir de l’IEM encore bien vivace dans sa tête.

Tony tenta de redémarrer l’armure, il n’avait pas envie de la laisser ici, mais celle-ci resta obstinément éteinte. L’IEM avait dû faire plus de mal qu’il ne l’avait pensé. De frustration, Tony frappa l’armure.

— Fury va me le payer, murmura-t-il en se levant.

Même s’il ne faisait pas confiance à Nick, il savait qu’il ferait attention à l’armure. Ou tout du moins, il ne laisserait pas SHIELD la trifouiller. Ils étaient bons, mais Tony était meilleur. Il n’allait pas laisser SHIELD mettre leurs sales mains sur une des technologies les plus avancées de la terre sans leur mettre des bâtons dans les roues.

Il essaya de ranger l’armure dans un espace le plus réduit possible dans un coin de la pièce et sortir de sa chambre. Le couloir semblait inhabituellement vide, ce qui avantageait Tony. Il n’était pas con, et il savait bien qu’il y avait des caméras partout mais il espérait aller plus vite que Fury ou un de ses larbins.

Il rejoignit rapidement un ascenseur et appuya sur le bouton qui allait l’amener à l’étage des cellules, tout en faisant attention que personne ne le remarque. Dès que les portes se refermèrent sur lui, Tony savait qu’il n’était pas encore en sécurité. Le plus dur était encore à venir.

Les étages défilaient. Tony avait l’impression qu’on l’emmenait en enfer avec toute cette distance que la cabine parcourait vers le bas. Il supposa que c’était une manière comme une autre de faire peur aux prisonniers. Quand on savait de quoi les criminels de ce type étaient capables de faire, c'était logique Mais Tony n’allait jamais le dire à Fury. Il ne voudrait pas qu’il prenne la grosse tête.

Enfin, la cabine daigna s’arrêter au bon étage. Les portes s’ouvrirent sur un Fury mécontent. Tony lui sourit même si intérieurement, il fulminait. Comment avait-il fait pour arriver aussi rapidement ?!

— Si tu ne veux pas de notre aide, Stark, rentre chez toi. Ne te balade pas dans des endroits que te sont interdits.

— Je t’ai dit que je voulais parler au sorcier, pourquoi est-ce que tu m’en empêches ?

Il sortit de l’ascenseur, ne se laissant pas impressionner par la mine fermée et le manteau noir de Fury.

— Parce que tu n’as pas le droit. Tu ne fais pas parti du SHIELD, n’est-ce pas ?

Fury le connaissait trop bien. Tony se mordit la langue pour éviter de l’insulter. Pas qu’il ne le mériterait pas.

— Si tu ne veux pas de l’aide de nos médecins, rentre chez toi. On en reparlera quand tu auras pris du repos.

Impassible, le visage de Fury ne laissait rien passer de ses pensées, mais Tony pouvait quand même ressentir un peu d’empathie venant de lui.

— Si tu le dis, répondit Tony, abandonnant temporairement sa quête. J’aimerais bien que tes sous-fifres me ramènent mon armure. Et je te ferais payer les dommages.

Il lança le signe de paix et appuya sur le bouton pour remonter au rez-de-chaussée dans l’ascenseur. Il avait compris qu’il ne pouvait rien faire d’autre pour l’instant.

— SHIELD ne paiera rien —

Le reste de la phrase de Fury fut coupée à la fermeture des portes. Tony s’autorisa un sourire satisfait.


Dès qu’il arriva dans la tour, Tony se précipita dans son ascenseur privé, disant à peine bonjour à ses réceptionnistes. Ils avaient l’habitude qu’il soit pressé, ils ne s’en formaliseraient pas.

L’accueil dans son atelier fut triomphal. DUM-E se précipita vers lui avec une série de bips énervés et inquiets. Tony lui sourit, fatigué.

— Je vais bien, DUM-E. Ce n’était rien.

Tony tapota la caméra du robot et se dirigea vers sa station de travail. D’un mouvement de la main, son ordinateur sortit de veille et les hologrammes s’allumèrent sur la dernière version de son armure. Il effectua un autre mouvement, et les hologrammes s’éteignirent.

— JARVIS, trouve-moi où SHIELD a enfermé le sorcier. J’ai toujours des questions à lui poser.

Et malgré ce que Fury lui avait ordonné.

— Monsieur, Capitaine Rogers attend devant la porte de l’atelier, annonça JARVIS, tout en affichant les informations dont Tony avait besoin sur l’écran.

— Quoi ? Comment il a su que je n’étais plus à SHIELD ? grommela Tony.

—Je ne peux dire, monsieur. C’était peut-être lié au fait qu’il soit un superhomme, rappela JARVIS inutilement.

— C’était une question rhétorique, répondit Tony en levant les yeux au ciel.

— Pardon, monsieur. Je vous ai mal compris.

Tony soupira.

— Arrête le sarcasme.

— J’ai appris du meilleur.

Tony réprima un autre soupir et secoua la tête. Aujourd’hui, Tony n’avait pas l’envie ou la tête à échanger des répliques sarcastiques avec son IA.

— Ne le laisse pas entrer, JARV. Je n’ai pas envie de lui parler.

Je ne veux pas lui chanter une chanson parce que j’ai peur qu’il comprenne ce que ça signifie vraiment.

— Le capitaine Rogers est reparti, annonça JARIVS quelques minutes plus tard. Il n’était pas content.

— Ça lui fera les pieds qu’on lui refuse quelque chose.

— Certes, monsieur.

— Affiche-moi le dernier projet ouvert. J’ai envie de me plonger dans le travail.

JARVIS ouvrit tous les fichiers que Tony avait créés sur les prises aimantées du bouclier de Steve. Est-ce que JARVIS faisait vraiment exprès de montrer ce projet-là spécifiquement ? Bien sûr que oui ; c’était une IA, il agissait comme Tony l’avait programmé. Et aujourd’hui, il n’avait pas la patience.

— JARVIS, s’il te plaît, arrête, ordonna Tony.

Il referma manuellement tous ces fichiers et ouvrit ceux de la dernière armure qu’il avait commencé à planifier, qui devenait nécessaire maintenant que Fury l’avait détruite avec son IEM. Puis Tony se plongea dans le travail comme un homme avec un but, sans relâche, sans pause. Il oublia le sorcier, le sort, Steve. Il ne voyait que la 3D, les spécifications, les contraintes, les lignes de codes dans le développement de l’armure. Il ne pensait à rien d’autre que le travail devant ses yeux.

À un moment donné, son ventre grommela, lui signifiant qu’il avait faim et qu’il avait probablement oublié de manger. Pourquoi est-ce que Steve n’était pas venu le voir avec une assiette de sandwichs ou de pâtes ? Ah oui, c’est vrai. Il lui avait interdit d’entrer dans l’atelier. Son cœur se serra. Il avait renvoyé Steve, et il n’avait pas l’intention de lui parler.

De toute façon, Tony n’avait pas besoin de sortir de l’atelier pour se sustenter ; son mini-frigo était rempli pour ces moments de séances longues de travail et d’invention.

Il ouvrit ce frigo en grande pompe et fut déçu par le résultat. Il ne restait plus que des condiments, les restes d’un fromage qui devait être périmé depuis Mathusalem, et un shaker du smoothie « sain » qu’il avait arrêté de boire depuis quelques mois. Il n’en avait plus vu l’intérêt quand Steve commença à lui apporter des plats qu’il avait, lui ou une autre personne de l’équipe, préparés. Tout ce qui lui restait dans son frigo soit ne se mangeait pas tout seul, soit était périmé depuis belle lurette.

Il soupira, sentant un poids s’écraser sur ses épaules. Il devait sortir de l’atelier, et s’il sortait, ça voulait aussi dire qu’il allait sûrement rencontrer Steve, ou une autre personne de l’équipe, qui allait probablement prévenir Cap de sa sortie. Tony ne voulait pas parler à Cap tant que Wong ou Dr Strange ne lui avaient pas répondu, et qu’il n’avait pas parler à ce petit sorcier irritant.

Son estomac se fit entendre à nouveau, la sensation de faim encore plus forte. Bon, tant pis, s’il pouvait affronter des aliens et des sorciers, il pouvait bien faire face à ses coéquipiers.

— JARVIS, donne-moi l’heure, demanda-il alors dans un éclair de génie.

— Il est presque 2 heures du matin, monsieur.

Tony claqua des doigts. Parfait. Il y avait moins de chances qu’il rencontre des gens à cette heure-ci. Ils restaient soit dans leur chambre, soit dans le salon à regarder un film, ou même à la gym. En théorie, cela voulait donc dire que Tony serait tranquille jusqu’à la cuisine.

Tony sortit de l’atelier d’un pas guilleret, soulagé, et fit le trajet jusqu’à la salle du Graal, tout en faisant attention que personne ne se planquait dans la pénombre. Heureusement, une fois arrivé, la cuisine était vide. Tony marcha d’un pas décidé vers la cafetière. Il allait la mettre en route quand la voix autoritaire de Steve retentit derrière lui.

— Tu devrais manger quelque chose au lieu de boire du café.

Tony se tendit malgré lui et lança un regard en coin vers Steve. Une sensation étrange naquit dans son estomac mais il décida de l’ignorer pour l’instant. L’homme avait l’air bien trop épuisé pour un supersoldat. Cela inquiéta un peu Tony qui se força à réprimer ce sentiment. Il ne souhaitait pas se mettre à chanter maintenant. Il fallait juste qu'il se taise. Le plan était parfait, Tony ne disait rien et Steve s’impatienterait et partirait. C’était un plan sans échecs.

Alors Tony se retourna et fit bien attention à ignorer l’avertissement de Steve. Il vérifia qu’il y avait toujours du café dans la cafetière et grimaça en voyant le fond de café que personne n’avait voulu nettoyer. Il le jeta dans l’évier avec un soupir. Il allait devoir refaire du café. Ça voulait aussi dire qu’il devait rester plus longtemps dans la cuisine. Avec un Steve qui était plus borné que l’homme le plus borné du monde. Surtout si c’était pour faire entendre raison à Tony. Il posa la cafetière sur le plan de travail devant lui et ouvrit le placard où se trouvait la divine boisson.

— Tony, tu m’écoutes ? fit alors Steve, la voix bien plus proche que Tony ne l’aurait pensé.

Il sentit son cœur rater un battement et il tourna légèrement la tête pour regarder où se trouvait le surhomme. Quand il ne le vit pas tout de suite, il se retourna complètement pour lui faire face. Il était habillé avec un t-shirt et un jogging bien trop moulant pour la santé mentale (et sexuelle) de Tony.

La sensation qu’il avait commencé à ressentir dans son estomac explosa à cette vision et grossit, grossit, grossit jusqu’à déborder de son estomac, voyager dans ses poumons, son cœur, sa gorge pour finir de se loger sur sa langue.

I wanna know what love is, I want you to show me, I wanna feel what love is, I know you can show me.

Tony s’obligea à fermer la bouche après ces premières secondes. Il se mordit la langue jusqu’au sang pour s’empêcher de recommencer. Steve le regarda d’un air incrédule et un peu gêné, comme s’il ne savait pas comment réagir. Il fit un pas en avant, et ce fut le signal de s’enfuir pour Tony. Il laissa la porte du placard ouverte et tenta de se faufiler hors de la cuisine, mais c’était sans compter qui il essayait d’esquiver.

Steve lui attrapa le bras en douceur et le retint sans forcer. Tony n’avait pas la force de lutter de toute façon.

— Qu’est-ce qu’il se passe, Tony ?

L’inventeur ferma fortement les yeux pour éviter son regard et pressa ses lèvres l’une contre l’autre. Il sentait l’impulsion, créée par le sort, dans son corps, comme un réflexe. C'était comme un noyé dont les poumons le forçaient à respirer sous l’eau malgré le risque mortel. Le corps ne faisait que réagir, c’était un instinct de survie qui allait l’étouffer avec de l’eau.

Cependant, Tony n’essayait pas de survivre à la torture de terroristes, il risquait seulement une amitié fragile qui avait eu du mal à se construire au départ. Lorsque Steve comprendrait ce qu’il se passait, Tony était persuadé que Steve ne voudrait plus partager les quelques moments intimes qu’ils avaient partagés jusque-là.

Personne n’aimait savoir qu’un de ses proches avait des sentiments pour eux. Malgré ce qu’on disait, la révélation de sentiments qui non réciproques menait inévitablement à l’éloignement des deux personnes, et parfois, à une relation coupée.

Il n’était pas prêt à perdre sa relation avec Steve, alors il fallait qu’il se taise. Il pouvait se taire. Steve se dirait que ce n’était qu’une de ces excentricités ou son caractère de connard qui revenait au galop. Tony pouvait tout supporter, mais pas ça.

Steve desserra sa prise mais ne lâcha pas le bras de Tony. Ce dernier baissa la tête et ouvrit les yeux pour s'assurer de ne voir que les pieds de Steve.

— C’est le sort qui fait ça. Tu as été touché, devina Steve quand Tony ne répondit pas.

Tony hocha la tête de haut en bas, la bouche toujours fermée, le regard toujours fuyant. Steve prit une inspiration profonde à cette réponse.

— Pourquoi est-ce que tu m’as rien dit ? demanda-t-il, relâchant complètement le bras de Tony.

Intérieurement, Tony lui dit : Je ne peux pas te parler sans te chanter des chansons d’amour.

À son silence, Steve soupira.

— JARVIS, dis-moi ce qu’a Tony, et si Dr Strange est au courant.

— Monsieur a envoyé un message à Dr Strange et Wong en attendant leur retour de mission.

Tony se détendit quand JARV « oublia » de répondre à la première partie de la question.

— JARVIS, gronda légèrement Steve.

Tony connaissait très bien le ton que le capitaine venait d’employer. C’était un mélange autoritaire avec un peu de déception. Tony avait parfois succombé à ce ton en faisant ce qu’il n’allait pas faire et parfois en ne faisant pas ce qu’il allait faire. Steve le savait très bien, mais Steve s’adressait aussi à une IA qui ne voulait que le bien de son propriétaire. JARVIS ne lui répondrait jamais si Tony ne lui autorisait pas.

Et toc, dans les dents, Cap !

— S’il te plaît, JARVIS, continua Steve quand l’IA resta silencieuse, je veux juste m’assurer que Tony va bien.

— Tony est présent, ne put-il s’empêcher de dire sarcastiquement en levant la tête vers l’autre homme.

Ce fut une mauvaise idée car dès que leurs regards se croisèrent, Tony ressentit la même sensation familière quand l’envie de chanter le prit aux tripes. Sentant les paroles qui lui chatouillaient le fond de la gorge, Tony détourna le regard et se mit à énumérer tous les chiffres de pi silencieusement.

La sensation partit, et une idée commença à se former dans la tête de Tony.

— Monsieur souffre des effets secondaires du sort. Ils ne sont, bien heureusement, pas dangereux.

Pour toi, répondit silencieusement Tony, puis à voix haute :

— Voilà, t'es content, Cap ? Je vais bien. Je maîtrise la situation, et bientôt Wong ou Dr Strange m’enlèveront ce sort. Super, parfait. Je vais prendre un café, ajouta-t-il plus pour lui-même en retournant vers la cafetière et la boite de café qu’il avait laissée sur le comptoir.

— Si tu es sûr ?

Tony leva la main pour assurer à Steve que oui, il était sûr. Le capitaine soupira mais n’embêta pas Tony plus et repartit de la cuisine. Ce dernier fit une petite moue, n’appréciant pas de blesser autant Steve. Mais il n'avait pas le choix, et quand tout serait fini, ils en rigoleraient.

Non, ce n’était pas vrai. Tony ne lui en parlerait jamais, et Steve ne s’en porterait que mieux.


Tony avait les yeux rivés sur les caméras de surveillance que JARVIS diffusait sur son téléphone. Quand la voie serait libre, JARV ferait en sorte que Tony ne soit pas dérangé pendant quelques minutes pour parler au petit sorcier. Ce dernier était détenu à SHIELD depuis deux, trois jours. Maintenant qu’ils avaient fini de l’interroger, ils l’avaient laissé dans sa cellule.

Tony attendait juste le moment où l’agent en service se lève pour prendre sa pause. Quand ça arriverait, Tony avait bien dix minutes devant lui, si ce n’était plus. Ce garde en particulier avait tendance à prendre plus de temps pour ses pauses que les autres, ce qui était l’une des raisons pour lesquelles Tony avait choisi ce moment.

Le sas de sécurité qui menait aux cellules s’ouvrit enfin et l’agent sortit. Ce dernier remarqua Tony. Il cligna des yeux et s’arrêta net devant lui, comme s’il ne se souvenait plus de ce qu’il devait faire.

Merde, pensa Tony en lui souriant de son sourire réservé aux médias, il n’avait pas prévu cette possibilité-là. Il baissa légèrement ses lunettes pour le regarder par-dessus et lui envoya un clin d’œil. S’il pouvait passer son chemin, Tony lui en serait très reconnaissant.

Cependant, le geste sembla se ragaillardir et se permit un sourire intimidé avant de venir le voir. Ce n’était définitivement pas ce à quoi Tony s’était attendu. L’inventeur retint un soupir ennuyé et garda une expression avenante sur le visage alors que l’agent s’arrêta devant lui.

— Monsieur Stark, est-ce que vous avez besoin de voir un prisonnier ? On ne m’a pas dit que vous deviez venir.

Un regard rapide sur le nom inscrit sur le badge (Smith), et Tony trouva une solution à son problème.

— Maintenant que vous le dites, Agent Smith, je pense que vous pourriez bien m’aider.

Le visage de l’agent s’éclaira.

— Avec plaisir !

Si Tony pouvait lui faire croire que Fury l’avait envoyé pour interroger le prisonnier, ça pourrait peut-être fonctionner.

— Directeur Fury m’a personnellement demandé d’interroger le prisonnier n°4242, John Nichols.

Smith fronça les sourcils, l’air pensif, comme s’il douterait presque les paroles de Tony. Il se sentirait presque vexé s’il n’essayait pas de mentir à l’agent.

— Je pensais que c’était déjà terminé, non ? Il est déjà dans sa cellule en attendant une place permanente à Rikers.

Tony lui fit signe de se rapprocher et chuchota :

— Je ne veux pas trop le dire mais… c’est pour les Avengers. On a besoin de savoir certaines choses et le directeur Fury m’a donné carte blanche.

Les yeux écarquillés, l’agent hocha la tête de haut en bas rapidement.

— Si vous pouviez m’aider… j’attendais Agent Romanoff mais elle a pris du retard à cause d’une mission. Je vous revaudrais ça.

— Bien sûr, bien sûr, je vous fais entrer. Suivez-moi.

Bingo.

Tony suivit l’agent qui le fit passer dans le sas de sécurité. Il n’avait même pas besoin de pirater le digicode. Ça se passait bien mieux qu’il ne l’aurait pensé. Smith l’emmena jusqu’à la cellule du sorcier et l’ouvrit pour Tony. Le sorcier leva des yeux fatigués vers Tony. Il ne le reconnut pas tout de suite, ce qui insulta quelque peu Tony.

L’inventeur fit signe à l’agent de quitter la cellule. Il ne voulait pas que sa conversation soit relayée d’une manière ou d’une autre. Une fois l’agent hors de vue et d’ouïe, Tony sortit son téléphone et activa un brouilleur. Fury pourrait bien essayer d'espionner leur conversation.

— Monsieur Nichols, est-ce que vous vous souvenez de moi ? demanda-t-il en enlevant ses lunettes pour regarder le sorcier dans les yeux.

Nichols le regarda en silence avant de papillonner des yeux de surprise.

— Monsieur Stark. Que faites-vous là ? J’ai déjà tout dit.

Il s’était recroquevillé sur lui-même, ses bras entourant ses genoux remontés contre son ventre.

— Je ne suis pas sûr que vous ayez tout révélé aux agents du SHIELD, et ça a quelque chose en rapport avec les sorts que vous avez utilisés.

Le sorcier frissonna mais ne répondit pas, le regard dirigé vers le sol.

— Le sort que j’ai reçu. Quels sont ses effets ?

Un sourire fleurit sur le visage du sorcier, comme ça l’amusait. Tony serra la mâchoire et se força à compter dans sa tête. Il ne pouvait pas laisser son impulsivité parler pour lui. Il avait besoin de réponses.

— Je crois qu’il y a une chose que vous ne comprenez pas, Nichols, commença Tony en baissant le ton, s’approchant lentement du sorcier jusqu’à le surplomber. Un mot de ma part, et je peux vous assurer que vous ne reverrez jamais la lumière du jour dans cette vie ou la prochaine alors que vous avez intérêt à parler. Quels sont les effets de ce sort ?

Ça attira l’attention de Nichols, qui tourna un regard légèrement effrayé vers Tony.

— Je, je ne voulais pas faire de mal, fit-il avec le menton qui commençait à trembler. Je voulais juste m’amuser. J’ai trouvé cette baguette par hasard, je ne savais pas qu’elle était magique, je vous assure. J’ai jamais vou—.

— Nichols, gronda Tony, exaspéré par les pleurnicheries de l’homme.

— Je sais pas ! Je sais pas ! J’ai juste… pensé le truc, et c’est parti tout seul.

— Qu’est-ce que vous avez pensé ?

Plus la conversation avançait, plus Tony se demandait pourquoi ce fut Steve et Tony qui avaient dû s’en occuper de ce magicien du dimanche et pas les autres héros comme Spider-Man ou même Daredevil. C’était vraiment une perte de temps des Avengers. Et maintenant Tony avait subi de plein fouet la débilité de ce criminel magique.

— J’voulais pas vous cibler, avoua Nichols, le ton plaintif, j’vous assure.

— Vous visiez Captain America ?

Au hochement de tête du sorcier, Tony eut la soudaine envie de rire. C’était tellement ridicule.

— Captain America, dit le sorcier presque en crachant les mots, dégoûté, il semble tellement… parfait. Jamais un cheveu de travers. Je voulais juste le remettre à sa place. Vous savez, le montrer tel qu’il est au public ! Il devait avoir honte pour une fois.

Les sourcils de Tony s’étaient levés à mesure qu’il continuait sa diatribe. Donc ce sorcier de pacotille voulait humilier Steve en le faisant chanter des chansons d’amour pour la personne qu’il aime ? C’était… extrêmement spécifique et étrange. Et il devait dire, assez humiliant maintenant qu’il l’avait vécu. Il pourrait presque comprendre pourquoi il avait choisi ce sort.

— Vous vouliez humilier Captain America ? C’est ça ? (Il lâcha un rire soudain.) C’est raté.

— La faute à qui ? rétorqua Nichols, fronçant les sourcils. Si vous n’étiez pas intervenu—.

— Captain America aurait reçu ce sort et je peux vous assurer que vous ne vous amuseriez pas dans cette prison. Vous avez de la chance que je n’ai rien révélé au SHIELD ou même, à Captain America. Alors répondez-moi honnêtement : les effets doivent durer combien de temps ?

Nichols fit une grimace impatiente, comme s’il venait de poser une question débile. Tony était bien tenté de lui donner une petite pichenette sur l’oreille, juste pour lui rappeler à qui il parlait.

— Bah non, j'sais pas, Monsieur Stark. J’l’ai lancé sans penser. Je sais pas quand ça va partir.

Bien. Clairement, il n’allait pas obtenir plus de réponses que ça. Tony remit ses lunettes de soleil, et dit au sorcier avant de partir :

— Vous n’arrivez pas à la cheville de Captain America malheureusement.


Après sa visite à Nichols, Tony commença à formuler une expérience au cours des jours suivants. Il s’était vite rendu compte que c’était seulement lorsque ses yeux entraient en contact avec la forme tangible du Capitaine que le sort s’activait. Sa voix, son toucher, rien d’autre ne lui donnait envie de chanter, mais le voir de ses propres yeux chamboulait tout dans son corps. Alors Tony fit tout son possible pour éviter que ses yeux ne croisent Steve.

Il ne supportait pas de perdre le contrôle de lui-même, et la situation avec Steve transformait cette épreuve en calvaire. Il essayait d’éviter le bon capitaine avec le plus de contritions possibles en espérant ne pas trop passer pour un connard encore plus connard.

Ce n’était pas un franc succès ; Tony était misérable, Steve n’était pas mieux, et l’équipe avait remarqué que quelque chose se passait. Mais Tony n’y pouvait rien tant que Dr Strange ou Wong ne l’avait pas « ausculté ». Ils n’avaient toujours pas répondu à ses messages, et ses appels, et ses e-mails, et les messages de JARVIS. Il était pratiquement sûr d’avoir rempli leur répondeur entièrement avec cette histoire. Il fallait que ça change, et le plus tôt serait le mieux.

— Tony, je peux te parler ?

Tony releva la tête de sa soudure et vit que Natasha se trouvait déjà dans l’atelier. Il éteignit la flamme et releva son casque de soudure. Il s’essuya le front avec le dos de son gant pour enlever les gouttes de sueurs qui perlaient sur sa peau, tout en toisant Natasha.

— Oui ?

— Tu sais que je ne mâche pas mes mots.

Tony posa le chalumeau et lui sourit avec un peu d’ironie, sachant exactement de quoi elle voulait parler. Il fit un geste de la main pour lui dire qu’elle pouvait continuer.

— Je ne comprends pas ce qu’il se passe avec Steve, dit-elle de but en blanc, ne cherchant pas à tourner autour du pot, et Steve est étonnamment silencieux à ce sujet, mais il faut que quelque chose change. Ça ne va plus et ça change la dynamique de l’équipe.

Tony soupira. Il avait espéré que les autres ne disent rien mais il ne pouvait pas compter sur ça quand il vivait avec des espions.

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? (Tony haussa les épaules.) Je suis occupé, Steve est occupé.

— Steve est occupé à s’entraîner dans la gym. Pepper m’a dit que tu travaillais plus que d’habitude, et ça en devient inquiétant. Qu’est-ce qu’il se passe, Tony ?

Le visage adouci, Natasha marcha vers lui tout en ne le quittant pas des yeux. Elle savait pertinemment que si elle le laissait faire, il ferait une pirouette pour s'en sortir, comme toujours.

— Il ne se passe rien, répondit-il en faisant la moue. Ce n’est pas de ma faute si le capitaine a du mal à changer ses habitudes.

— Tony, s'écria Natasha, un avertissement dans la voix. Arrête de jouer au con et arrête d’insulter Steve. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Tony ne répondit pas tout de suite, puis :

— Qu’est-ce que Steve t’a dit ?

Elle fronça légèrement les sourcils.

— Pas grand-chose. Que tu es occupé, et que tu lui manques.

Tony ouvrit la bouche pour répondre mais ces mots l’avaient pris par surprise

— Pardon ? Il a dit ça ?

— Pas littéralement, répondit Natasha en levant les yeux, tu connais Steve. Mais on peut le sentir quand tu n’es pas là pendant les soirées films ou quand il va prendre une assiette pour te servir ta part et se rétracter le moment d’après. Tony, fit-elle quand elle vit qu’il ne l’écoutait plus vraiment, Steve tient à toi, et tu le sais, donc je ne comprends pas entre vous. Vous vous êtes disputés ?

— Non.

Tony grimaça, débâtit avec lui-même s’il devait lui avouer.

— Le sort. Il me fait chanter.

Natasha lui lança un regard interrogateur.

— Comment ça « il te fait chanter » … ?

— Des chansons. D’amour.

Elle sourit tout d’un coup, les yeux brillants. L’idée lui semblait drôle apparemment.

— Mais tu ne chantes pas.

— Non. (Il fit pause.) De ce que j'ai compris, le sort s’active quand je vois, euh, une personne que j’aim— que j’apprécie beaucoup.

Les yeux de Natasha s’écarquillèrent de compréhension, n’ayant pas raté le lapsus révélateur de Tony.

— Tony —

— Ne dis rien ! la coupa-t-il, je ne veux pas… je ne veux pas savoir.

— Non, Tony, écoute-moi, tu devrais chanter pour Steve.

— T’es folle ?! s’écria-t-il. Contrairement à ce qu'on peut croire, on m’a déjà dit non, et je n’aime pas ça non plus.

— Non, Tony, je t’assure. Je suis sûre que Steve ressent la même chose.

Tony secoua la tête.

— Je ne le ferai pas. Tu me feras pas croire que Steve ressent la même chose que moi. On est à peine amis.

Natasha lui envoya un regard si triste que le cœur de Tony se brisa presque, et c’était dirigé vers lui ! Pour quelqu’un qui montrait rarement ses émotions, la jeune femme n’avait pas de scrupules à les afficher maintenant.

— Tony…

— Va-t’en, Nat. Laisse-moi seul. S’il te plaît, ajouta-t-il en la regardant dans les yeux. En attendant que Dr Strange et Wong reviennent et s’occupent de mon cas, je m’isolerai de Steve. Et tu ne diras rien.

Il haussa un sourcil et attendit qu’elle acquiesce à sa demande, bien qu’elle eût l’air de le faire à contrecœur.

— Tu devrais lui dire. Steve ne t’en voudra pas.

Tony se tourna vers son écran et, silencieux, fit un geste de balayage de la main droite et se remit à travailler. Natasha resta quelques secondes dans l’atelier avant d’abandonner quand il ne lui prêterait plus attention. Dès qu’elle partit, l'inventeur se prit la tête dans les mains, les coudes sur la table. C’était un désastre complet, et il en avait déjà marre. Tony espérait que Strange et Wong avaient une bonne excuse pour l’avoir ignoré aussi longtemps.


— Je ne peux rien faire, dit Strange d’un air hautain que Tony lui ferait bien ravaler.

— Comment ça, vous ne pouvez rien faire ?

Une expression moqueuse se forma sur le visage de Strange et il eut l’audace de lever les yeux au ciel.

— C’est un sort qui s’arrête tout seul. Il y a un… hum, comment dire, comme un minuteur. Vous n’avez qu’à attendre que le sort se passe.

Tony ne put réprimer un rire, qui, à son horreur, sonnait un peu nerveux. Strange eut l’air un peu surpris, le seul signe qu’il avait lui aussi remarqué l’état de Tony.

— Et puisque vous ne pouvez rien faire pour l’enlever, vous savez combien de temps je vais devoir le subir ?

Strange plissa légèrement les yeux, l’air pensif. Tony attendit presque en trépignant. Quand l’autre homme mit plus de temps à répondre que la patience de Tony pouvait supporter, il ouvrit la bouche pour le presser un peu mais Strange le devança.

— Aucune idée.

Tony se figea, ses yeux écarquillés fixés sur Strange qui ne semblait pas le moins du monde gêné par cette réponse inutile.

— Strange—

— Désolé, Stark, je dois y aller. Des failles à réparer, la Terre à sauver, le classique, vous savez.

Avec un sourire digne d’une pub de dentifrice, Strange tint deux doigts en l’air, pendant que son autre main formait des cercles.

— Attendez, vous ne pouvez pas partir comme ça ! s’écria Tony en s’élançant vers le sorcier.

Des filaments dorés, des lettres, des runes crépitèrent des mains de Strange et formèrent un cercle d’où on pouvait voir une montagne enneigée.

— Bien sûr que je peux, dit le sorcier en faisant un pas dans le cercle.

Une seconde plus tard, le portail se referma, laissant Tony encore sous le choc de l’audace de Strange.

Mécontent des non-réponses que Strange lui avait données, Tony réfléchit à ce que le sorcier lui avait avoué. Donc, « tout » ce qu’il pouvait faire, c’était attendre ? En théorie, éviter Steve ne serait pas si difficile que ça. Tony dirige toujours en partie Stark Industries, même si Pepper était PDG et s’occupait de l’entreprise au jour le jour, Tony était toujours à la tête du département de Recherche et Développement. Il pouvait très bien se concentrer sur SI le temps qu’il faudrait, tant qu’aucune catastrophe monumentale ne venait frapper à la porte des Avengers.

Rassuré d’avoir pris la bonne décision pour tout le monde, Tony se remit au travail et tenta d’oublier la situation complètement.


Tony devait l’admettre : la méthode d’évitement fonctionna une bonne semaine. Enfin, s’il devait être honnête, ça avait fonctionné cinq jours. Ou plutôt quatre jours et 10 heures. Tony avait oublié que Steve était plus borné qu’une mule, et bien que JARVIS l’arrêtât de venir l’embêter chez lui ou à l’atelier les premiers jours, il ne pouvait pas lui interdire l’accès à Stark Industries.

Ce fut de cette manière que Mrs Julie, son assistante, lui annonça avec un sourire professionnel que « Le Capitaine Rogers voudrait vous voir, je le fais entrer ? »

Pris de court, le cerveau de Tony se bloqua alors qu’il essayait de digérer l’information. Il avait bien envie de lui dire non, de lui dire qu’il n’était pas disponible, comme toutes les fois où Steve avait demandé à le voir. Une fois de plus, ça ne ferait pas de mal, n’est-ce pas ?

— Dis-lui que je suis occupé, et que je peux pas le recevoir.

Mrs Julie ne put retenir une expression surprise, bien qu’elle le cachât parfaitement à peine une seconde plus tard.

— Bien sûr, M. Stark, répondit-elle avec un signe de tête avant de sortir du bureau de Tony et refermer la porte derrière elle.

Le poids du stress de la situation sembla s’enlever de ses épaules. Il détestait faire du mal à Steve, mais s’il voulait protéger son secret, il n’avait pas beaucoup de solutions.

Tony tourna vers les grandes baies vitrées de son bureau d’où il pouvait voir une partie de Manhattan. Il s’approcha des vitres et regarda les piétons et les voitures, des miniatures animées de son point de vue en hauteur. Se retrouver si haut avait quelque chose de fascinant, de savoir qu’il pouvait regarder les gens mener leur vie qu'ils se doutent qu'on les observait. Il supposait que ça ne les dérangeait pas, tant que ça ne les concernait pas directement.

— Tony.

L’entrepreneur se redressa instantanément en entendant la voix, les poils se hérissant sur sa peau, le cœur battant la chamade tout d’un coup. Ne pas se retourner, ne pas se retourner. Il pouvait lui parler de cette manière, ça ne déclencherait pas le sort comme ça. Une chose que Tony n’avait pas prise en compte, cependant, se révéla assez rapidement. Alors qu’il eut le malheur de bouger son regard de quelques millimètres, ses yeux attrapèrent la réflexion de Steve dans la vitre, l’image presque aussi nette que s’il le regardait en face.

Immédiatement, Tony sentit son diaphragme se contracter, son cœur s’emplir et sa gorge le gratter. Il détourna les yeux au moment où il ouvrit la bouche pour prendre une inspiration, une demi-seconde juste avant qu’il laisse ses cordes vocales parler pour lui. Une fois que Steve avait disparu de son champ de vision, les symptômes se résorbèrent et il soupira discrètement de soulagement. Si la conversation pouvait continuer comme ça, Tony serait plus que satisfait.

— Tony, regarde-moi s’il te plaît, demanda Steve, ses chaussures produisant un léger suintement sur le parquet de son bureau.

Suivant son plan à la lettre, Tony resta silencieux et immobile. Il entendit un soupir, bien trop blessé à son goût, puis Steve reprit la parole d’une voix qu’il n’avait jamais entendue auparavant, emplie d’inquiétude et de tristesse.

— Je veux juste que tu sois en bonne santé, Tony.

— Je vais bien, Cap, répondit-il, les yeux fixés sur un point à l’opposé de Steve. C’est passager.

— Passager ? Tu as vu Dr Strange ?

— Oui.

Si seulement Steve pouvait être satisfait de cette réponse, ça rendrait les choses bien plus simples, mais comme à son habitude, quand quelque chose ne lui plaisait pas, Steve devait savoir, approfondir, creuser jusqu’à ce qu’il trouve une réponse qui le satisfaisait, au risque que ça ne soit pas le cas.

— Dr Strange pense que c’est passager, donc.

Tony ne répondit pas, attendant que Steve atteigne sa propre conclusion et qu’il s’en aille.

— Tony… j’aimerais t’aider. Si tu as besoin de quoique ce soit…

Tony sursauta en entendant la voix de Steve qui se trouvait bien plus près qu’il y a à peine quelques secondes. Par réflexe, il se retourna et dès que ses yeux se posèrent sur Steve, l’envie irrépressible de chanter le prit et il ne put la réprimer. Sans qu’il ne puisse contrôler quoi que ce soit, les premiers mots de la chanson s’envolèrent de sa bouche.

Besoin de rien, envie de toi, comme jamais envie de personne.

Steve écarquilla des yeux quand il entendit les paroles. Tony n’arrivait pas à s’arrêter. Il avait chaud et froid, pâli et rougi en même temps, si c’était possible. D’un effort surhumain, Tony ferma les yeux, la chanson se coupa enfin et il put reprendre son souffle.

— J’aimerais être seul, dit Tony, la voix rauque d’émotion. Pars, Steve.

— Tony —

— Je t’ai dit de partir, bordel !

Tony lui tourna le dos, puis ouvrit les yeux une fois qu’il était sûr qu’il ne pourrait pas voir son coéquipier. Même avec ça, il sentait sa présence derrière lui.

— Va-t’en, Steve.

Il entendit un soupir et des pas qui s’éloignèrent. Quand la porte de son bureau se ferma dans un clic, Tony se rassit sur son fauteuil, les épaules tendues, et essaya de se persuader qu’il n’avait pas chanté ça à Steve. Mais quand il avait les preuves devant lui, son esprit cartésien avait du mal à les ignorer.

Et maintenant Steve était parti, sans un mot. Tony le lui avait demandé, et il devrait être heureux que Steve, l’expert en désobéissance, ne proteste pas à sa requête. Il ne pouvait empêcher le pincement au cœur qu’il ressentait.


Pepper touilla le sucre dans sa tasse tout en le fixant intensément des yeux. Tony essaya de l’ignorer mais c’était difficile. Surtout quand c’était Pepper, qui n’arrêtait pas de touiller sa cuillère.

— Je crois que le sucre est dissout depuis belle lurette, tu peux arrêter de touiller, lui dit-il, un peu brusque et sec quand il ne supporta plus le bruit régulier de l’acier contre la céramique.

Pepper arrêta de touiller sa cuillère (enfin !) mais ne dit rien, le regard toujours posé sur Tony. Il allait s’excuser par réflexe mais se ravisa ; Pepper avait bien trop l’habitude de ses humeurs pour croire qu’il était sincère. Il s’excuserait plus tard et lui offrirait quelque chose, probablement des chaussures.

— Je ne te comprends pas.

— Je suis un homme compliqué.

— Tu as ignoré Steve pendant des jours à cause de ce sort, et maintenant que tu as chanté devant lui, tu te plains ne pas le voir.

— Ce n’est pas ça, protesta Tony, en pointant un doigt vers elle, je l’ai évité parce que j’avais peur de sa réaction. Et j’avais raison !

Pepper fronça les sourcils et ne sembla pas convaincue par sa logique. Tony avait envie de la secouer pour qu’elle ait à nouveau les yeux en face des trous et qu’elle voit ce qu'il se passait vraiment.

— Il m’ignore maintenant, reprit Tony. Je ne l’ignore plus, c’est lui qui s’y est mis.

— Et donc ?

— J’avais raison !

Pepper soupira et posa la cuillère sur la table, puis elle prit une gorgée de son café et grimaça.

— Froid ? demanda Tony, le ton léger de moquerie, ça ne m’étonne pas, tu as passé les dix dernières minutes à touiller et à ne pas le boire.

Pepper reposa sa tasse et s’éclaircit la gorge.

— Je n’ai pas bu le café parce que je suis fascinée.

— Ah ! s’écria Tony, victorieux, un sourire charmeur aux lèvres, je savais que je te fascinais.

— Par ta stupidité, ajouta Pepper, pince-sans-rire.

Presque blessé par son commentaire, Tony s’insurgea :

— Je ne te permets pas, je ne suis pas stupide. Je suis même l’un des hommes les plus intelligents du monde. Eh, peut-être même de l’univers si on compte les aliens.

Pepper se frotta le front d’un air fatigué, les yeux à moitié fermés.

— Je ne sais pas quoi te dire, Tony. Peut-être que Steve a juste besoin d’un peu d’espace. Tu devrais être content, tu n’as pas besoin de trouver des solutions pour ne pas chanter en sa présence, au moins le temps que le sort s’arrête.

Tony haussa les épaules, son pessimisme habituel revenant au galop.

— Je pense que tu devrais lui laisser une chance, continua Pepper.

Ce qu’elle disait ne lui plaisait pas, donc il entreprit d’ignorer cette remarque, aussi juste soit-elle. Malgré tout, Tony ne put s’empêcher de lui demander d’étayer sa pensée. Il ne pouvait pas résoudre cette énigme s’il n’avait pas toutes les informations à sa disposition.

— Une chance de revenir, Tony. Steve n’est pas parti pour toujours. Malgré ce que tu penses, Steve ne partira pas, il ne te laissera pas seul.

Ce que disait Pepper touchait de trop près une de ses cordes sensibles alors il fit bien attention à ne pas y penser et à ne pas lui répondre. Comme toujours, Pepper lisait en lui comme dans un livre ouvert, et son expression se changea en tristesse.

— Tu sais, quand JARVIS m’a informée du sort, j’avais espéré que peut-être tu chanterais pour moi.

Pepper avait les yeux un peu humides en disant ça. Cette vision lui brisa le cœur.

— Pepper—

— C’est pour le mieux, le coupa-t-elle avec un sourire triste, on fonctionne mieux en tant qu’amis et collègues. On a un passé assez conséquent, et une partie de moi était nostalgique de notre relation à ce moment-là, mais je crois… (elle se tut, déglutit, submergée par l’émotion) je crois que Steve est bien mieux placé pour t’aimer comme tu es, Tony.

Il ouvrit la bouche pour lui répondre mais Pepper leva une main pour l’arrêter.

— Ce n’est pas ta faute, tu n’as pas besoin de t’excuser.

— Je t’aime, Pepper, annonça-t-il, même s'il n'avait pas dit la phrase de manière romantique.

Elle sourit, apaisée malgré son admission.

— Un autre café, Mme Potts ? demanda-t-il en pointant sa tasse pleine de café froid.

— Avec plaisir, M. Stark, répondit-elle en lui donnant la tasse.

Ils échangèrent un sourire de connivence.


— Il n’est plus là.

— Pardon ?

Strange leva les yeux au ciel.

— Vous êtes sourd, Stark ?

Tony avait bien envie de lui envoyer un coup de répulseur mais il allait s'en empêcher parce qu’il était civilisé… la plupart du temps.

— Désolé si je vous ennuie mais j’étais ensorcelé pendant des semaines, et je veux m'assurer d'avoir bien entendu.

— Le sort est parti. Vous n’êtes plus ensorcelé, vous ne serez plus obligé d’avouer votre flamme au Capitaine Rogers dès que vous le voyez.

Avant même que Tony puisse lui répondre, ou vraiment, nier fermement ces allégations, Strange se faufila dans un portail qu’il venait de créer une fois qu'il atteignit la bonne taille.

À nouveau seul, Tony resta quelques minutes à pester intérieurement contre Strange. Cet homme était difficile à gérer, toujours à faire ce qu’il voulait et à se ficher des attentes des autres… Tony voyait aucune corrélation avec son propre comportement, merci bien.

— Félicitations, Monsieur, dit JARVIS, je suis certain que vous êtes soulagé de la nouvelle.

— Bien sûr.

— Vous pourrez sortir de l’atelier un peu plus souvent.

Tony rit légèrement, un peu jaune.

— Es-tu en train de me dire que je devrais sortir plus ?

— Je n’ai rien dit de tel, Monsieur, répondit JARVIS, prétendument offusqué. Je ne faisais qu’allusion à la situation avec Capitaine Rogers. Maintenant que ce problème est résolu, vous n’aurez plus à vous inquiéter de vos interactions avec le capitaine.

Tony réfléchit. JARVIS n’avait pas tort. Maintenant qu’il était libéré de ce stupide sort, Tony pouvait revenir dans la salle commune sans se soucier de qui pourrait être présent. Et il pourrait expliquer à Steve pourquoi il avait changé cette chanson. Il fallait qu’il trouve une bonne excuse, assez crédible mais pas trop pour que Steve ne croie pas qu’il était en train de lui mentir. Ça devrait être simple. Tony n’était pas un génie pour rien. Il pouvait y arriver.

Le premier endroit qu’il vérifia fut la cuisine. Avec son métabolisme de superhomme, Steve passait beaucoup de temps en cuisine, quand il ne le passait pas dans la salle de gym, ou à l’atelier quand il rendait visite à Tony.

Seulement, lorsqu’il arriva dans la pièce, celle-ci était vide de supersoldat. Il passa dans le salon et trouva Natasha qui lisait un livre sur le canapé pendant que Clint regardait un film d’action. Ou plutôt, Tony se corrigea-t-il, qu’il ronflait devant un film d’action.

Natasha leva les yeux de son livre quand elle l’entendit arriver et l’observa sans rien dire en attendant qu’il la rejoigne.

— Natasha.

Celle-ci leva un sourcil.

— Tu es enfin sorti de ton trou ?

Tony lui envoya un sourire sarcastique mais décida d’ignorer sa question.

— Tu as vu Steve ?

Natasha le fixa pendant quelques secondes avant de refermer son livre.

— Tu as enfin décidé de ne plus l’ignorer.

Ce n’était pas une question, mais Tony eut la soudaine envie de se justifier.

— Je veux juste lui parler. La dernière fois ne s’est pas très bien passée.

Les yeux perçants de Natasha ne le lâchaient pas et pendant un moment, Tony craignit qu’elle lui demande la raison de la dispute. Il ne voulait lui avouer, maintenant ou plus tard.

— Tu es allé voir à la gym ? Il y passe beaucoup de temps en ce moment.

Son expression était neutre mais le ton beaucoup moins. Natasha n’avait pas besoin de dire grand-chose pour annoncer ses pensées.

— C’est ma prochaine étape.

— Tony, fit-elle quand il s’en allait, je ne sais pas ce que tu as dit à Steve mais ça l’a beaucoup blessé, et je n’aime pas quand ma famille se dispute.

Tony ne put s’empêcher de déglutit sous la force de son regard plein d’avertissements. Avant de repartir, il accrocha le regard de Clint qui venait juste de se réveiller. Bien qu’il fût plus réservé que celui de Nat, Tony sentait la même pression venant de l’archer.

Il était à la fois surpris et résigné de découvrir qu’une grande partie de l’équipe se rangeait plus du côté de Steve que de celui de Tony. Il se demanda alors si dans une dispute entre lui et Steve, bien plus importante que celle-ci, l’équipe ne se rangerait pas plutôt du côté de Steve que du sien. C’était une chose à laquelle il n’avait pas envie de penser alors il la repoussa de son esprit pour le moment et la garda pour le jour où la situation arriverait.

La salle où se trouvait le ring, les sacs de boxe, et les tapis était vide, ce qui surprit quelque peu Tony. Steve avait l’habitude de frapper les sacs comme si sa vie en dépendait.

Il alla aussi dans la salle d’entraînement où ils mettaient en place des stratégies et s’y entraînaient avec l’équipe. Ils pouvaient improviser, mais c’était toujours une sécurité de mettre en place des tactiques qu’ils pouvaient recréer sans réfléchir dans une situation stressante. Même constat pour cette salle aussi ; Tony fronça les sourcils. Si Steve n’était ni dans la gym, ni dans la cuisine ou dans le salon, il n’y avait qu’un seul autre endroit où il pouvait être : sa chambre.

— JARVIS, dis-moi que Steve est bien dans sa chambre, demanda-t-il en repartant dans l’ascenseur qui était resté ouvert.

— Le Capitaine Rogers est entré dans sa chambre à 15 h 32 et est ressorti dix minutes plus tard en tenue de sport.

Tony grogna et soupira en même temps. Parfait. Steve était parti courir, et Tony ne savait même pas quand il allait rentrer.

— JARVIS, appelle Steve.

Tony eut le temps d’arriver à son atelier et d’ouvrir un nouveau projet pendant que JARVIS essayait de contacter le capitaine.

— JARVIS, dis-moi que tu es bien en train d’appeler le téléphone de Steve, demanda Tony, irrité.

— J’ai essayé, je tombe sur le répondeur, Monsieur, répondit JARVIS, le ton contrit.

Tony se frotta les yeux d’impatience, avec peut-être une pointe d’inquiétude.

— C’est allé directement à la messagerie ou ça a sonné avant ?

— Directement à la messagerie.

L’inventeur prit quelques secondes pour ne pas céder plus à une panique sourde. Le fait que le téléphone de Steve soit éteint ne voulait absolument rien dire. Plusieurs raisons pouvaient être avancées : Steve avait oublié de le charger, il s’était déchargé complètement, il l'avait perdu pour la énième fois (Steve était très agile mais qu’est-ce qu’il perdait facilement ses affaires, c’était aberrant), on lui avait volé (Tony avait juste envie de ricaner à cette raison ; qui irait voler le téléphone de Steve ?), il avait été enlevé par des vilains sans scrupule. Tony eut un frisson à la dernière possibilité. Il ne fallait pas qu’il y pense, sinon il ferait des folies pour essayer de retrouver Steve. En bref, il y avait une multitude de raisons pour laquelle le téléphone de Steve était éteint, et Tony ne faisait que s’inquiéter pour rien. Probablement.

— Voulez-vous que je vérifie depuis quand le téléphone du capitaine Rogers a envoyé un signal pour la dernière fois ?

— Oui ! répondit instantanément Tony, ne laissant presque pas le temps à l’IA de finir sa question. Fais-le, j’aimerais bien savoir. Par sécurité, bien sûr. On ne voudrait pas que la sécurité d’un vengeur soit compromise de cette manière.

— Bien sûr que non, répliqua JARVIS, d’un ton légèrement sarcastique qui fit un peu tiquer Tony, jusqu’à ce qu’il se rappelle qu’il l’avait programmé de cette manière.

En attendant que JARVIS trouve la dernière position, Tony décida de travailler un peu sur un projet. Alors qu’il avait du mal à se concentrer, JARIVS reprit la parole :

— J’ai retrouvé la dernière position du téléphone du capitaine Rogers.

— Où ça ?

— Au Centre social et culturel de Brooklyn.

Tony sentit le stress le quitter à ces mots. Pas d’enlèvement possible donc. Steve était juste allé au centre communautaire. Il avait commencé à enseigner l'art quelques mois plus tôt quand les invasions aliens et autres attaques terroristes s’étaient calmées, et qu’il s’ennuyait comme un rat mort. Tony avait parlé du centre comme ça, sans arrière-pensées, et en aucun cas, il n’aurait poussé Steve à y aller mais ce dernier avait commencé à réfléchir comment il pouvait aider le centre, sans même que Tony ait à jouer les intermédiaires. Bien entendu, le centre était extatique d’avoir Captain America comme volontaire, même s’il avait fallu leur faire signer un contrat de confidentialité pour protéger Steve, les Avengers et le centre.

Même les élèves ne savaient pas qu’ils travaillaient avec Captain America, l’identité de Steve étant restée relativement secrète grâce à Pepper et SHIELD qui avaient tout mis en place pour protéger son identité civile, et cela allait très bien à Steve. Tout le contraire de Tony, qui n’aurait pas supporté d’être tenu au secret de cette manière. Mais Tony était aussi bien plus mélodramatique que Steve sur ce point.

— Merci, JARV. Emmène-moi au garage s’il te plaît, dit-il en fermant son projet.

Au garage, Tony se décida pour la voiture la plus discrète qu’il avait en sa possession ; une BMW classe A grise. Steve dirait qu’il ne passerait pas inaperçu mais c’était mieux que certaines de ses autres voitures, bien plus « visibles » et extravagantes pour la plupart. Et puis, Steve pouvait parler avec la bécane qu’il utilisait pour se déplacer. Captain America qui chevauche une Harley-Davidson, ce n’était pas très discret non plus.

Ce centre social et culturel de Brooklyn était un bâtiment de briques rouges datant des années 70. Il ne tombait pas en décrépitude, mais il avait dû être en meilleur état une dizaine d’années plus tôt.

Tony se gara sur une place libre tout près et mit ses lunettes de soleil avant de sortir. Tony Stark faisait toujours sensation quand il sortait. Il était d’ailleurs surpris qu’aucun paparazzi n’eût montré le bout de son appareil photo depuis qu’il était parti de la tour. Peut-être qu’ils ne l’avaient pas encore vu, et tant mieux. Il fallait avouer qu’il n’était pas habillé de son meilleur attirail ; ce n’était pas souvent qu’il se montrait en jogging, t-shirt avec des taches de graisse, une veste noire sobre.

Le bâtiment en lui-même était peu peuplé. De petits groupes par-ci, par-là discutaient ou se déplaçaient dans les couloirs. Tony se dirigea vers l’accueil où se trouvait une jeune femme, la tête baissée. Il jeta un coup d’œil derrière le comptoir et vit qu’elle regardait son téléphone, en train de faire défiler rapidement le fil d’un réseau social.

Tony attendit de voir si elle allait relever la tête à un moment donné, mais elle était absorbée par ce qu'elle regardait, ne prenant même pas le temps de lire. Tony s’éclaircit la gorge.

— Mademoiselle ?

Elle sursauta et releva d’un coup la tête, les yeux écarquillés.

— Je suis désolée, je ne vous avais pas entendu arriver !

Tony lui sourit, faisant un signe calmant avec les mains.

— Pas de soucis. Je suppose que ce n’est pas très stimulant quand il n’y a personne. Il n’y a rien de mal à faire autre chose dans ce cas-là.

Elle sembla se calmer à ses mots, même si ses joues rosirent légèrement.

— J’aurais dû faire plus attention. Comment est-ce que je peux vous aider ?

— Pourriez-vous me dire où se trouvent les arts plastiques ?

Elle sourit, illuminant son visage.

— Vous souhaitez pendre des cours ?

— Oh, non, non, répondit-il en secouant la main. Je cherche un… ami. Je sais qu’il donne des cours ici mais je ne sais pas où.

Elle fronça les sourcils légèrement, cligna deux fois des yeux, avant de reprendre :

— C’est un bénévole ?

— Oui, en arts plastiques. Il donne des cours de dessin et de peinture.

Son regard fit un mouvement involontaire vers son ordinateur.

— Je suis désolée, répondit-elle avec un sourire forcé, je ne peux pas vous communiquer des informations personnelles.

Tony garda son sourire et essaya de se montrer plus rassurant.

— J’ai essayé de l’appeler, dit Tony, mais il a éteint son téléphone, donc je n’ai vraiment aucun moyen de le contacter (il baissa la tête et la regarda dans les yeux au-dessus de ses lunettes), je vous assure que je ne lui veux pas de mal.

Elle sembla confuse par son geste et ses paroles pendant quelques secondes, puis elle fit un petit « oh » de compréhension soudaine, les yeux agrandis de surprise.

— Monsieur Stark, je suis désolée, je ne vous avais pas reconnu.

Tony lui un clin d’œil avant de relever ses lunettes.

— Ne vous inquiétez pas. Je cherche juste mon ami.

Elle secoua la tête de haut en bas, et attrapa la souris de son ordinateur.

— Je ne peux toujours pas vous donner les informations sur les bénévoles qui travaillent ici mais je peux vous guider. Les arts plastiques se trouvent au premier étage, sur votre droite quand vous arrivez sur le pas des escaliers.

— Merci bien.

Après un dernier sourire, il se dirigea vers les escaliers qui devaient l’emmener vers Steve. Il monta rapidement les marches et se retrouva au premier étage. À peine eut-il mis les pieds sur le pas qu’il sentit tout de suite l’odeur de peinture, de white spirit et de térébenthine, et d’autres odeurs « artistiques ».

Il tourna à droite où des portes ouvertes ou fermées longeaient le couloir. Des œuvres accrochées aux murs, comme des tableaux, des sketches, ainsi que des sculptures décoraient le lieu. Il passa devant la première porte entrouverte et jeta un coup d’œil.

Quelques personnes étaient assises devant des chevalets, certains peignaient, d’autres dessinaient au fusain alors qu’une autre personne utilisait de l’aquarelle. Mais Steve n'y était pas alors Tony passa rapidement son chemin.

Il jeta un coup dans chaque salle où il pouvait, mais le capitaine était toujours introuvable. Il n’avait pas envie de déranger les autres salles où les portes étaient restées fermées.

Voyant qu’il ne trouverait pas Steve de cette manière, Tony revint vers les escaliers. Il appuya sur l’émetteur qu’il avait à l’oreille. Un bip lui indiqua qu’il pouvait parler.

— JARVIS, est-ce que tu peux me dire où exactement le téléphone de Steve était pour la dernière fois ?

— Recherche en cours.

En attendant des nouvelles de JARVIS, Tony se dirigea vers la partie gauche de l’étage. Il se rendit assez vite compte qu’il s'était retrouvé dans le coin des musiciens quand il entendit différents instruments comme le violoncelle, la flûte traversière ou même le chant.

D’ailleurs, la voix l’homme qui chantait dans une salle proche de Tony lui semblait familière. Curieux, il se dirigea vers cette voix. Alors que la chanson se déroulait, Tony comprit assez rapidement que c’était L’envie d’aimer de Daniel Levi. Il eut un sourire en coin, se disant qu’il aurait bien pu la chanter pour Steve si le sort ne s’était pas arrêté.

La porte de la salle était entrouverte, laissant l’éclat de voix retentir dans le couloir. Tony fut pris d’une folle pensée, d’un fol espoir qu’il écrasa sans cérémonie.

Il se posta à côté du mur, écouta encore un peu la voix jusqu’à ce qu’elle arrête sur une mauvaise note, puis coula un regard à l’intérieur de la salle. La voix reprit, chantant la partie que Tony avait entendue quelques secondes auparavant. Il vit une femme aux cheveux bouclés avec un léger sourire aux lèvres qui hochait la tête en rythme. Tony devait se décaler quelque peu pour voir qui chantait, mais il décida d’attendre un peu. À ce moment-là, la voix s’arrêta de chanter, et dit :

— C’était mieux ?

Avant même qu’il pût voir le chanteur, Tony sut instantanément qui venait de parler. Il aurait reconnu sa voix dans n’importe quelle situation.

— Monsieur, intervint JARVIS, faisant presque sursauter Tony par la soudaineté, le dernier signal du téléphone du Capitaine Rogers se trouve là où vous vous tenez.

Irrité, Tony éteignit l’émetteur sans rien dire et tendit l’oreille.

— Bien mieux. Tu t’es beaucoup amélioré Steve, ça fait plaisir à voir. Il y a encore quelques petites choses à corriger mais tu te débrouilles très bien.

— Merci, dit Steve, et bien qu’il ne le vît pas, Tony comprit qu’il était embarrassé par les compliments. J’espère juste que je ne vais pas me planter quand je vais devoir chanter en public.

La professeure rit légèrement.

— Je ne me fais aucun souci. Je suis certaine que la personne pour qui vous allez chanter sera enchantée de vous entendre.

— J’espère, répondit Steve dans un souffle. Merci pour votre aide.

— Avec plaisir. Tenez-moi au courant du résultat.

Steve rit, un peu incertain.

— Je ne suis pas sûr que ça sera positif, mais, promis, je vous dirai si ça a fonctionné.

La professeure hocha encore une fois la tête, et Tony essaya de voir Steve, sans se faire voir. Avant qu’il ne puisse réagir, la porte s’ouvrit complètement et Steve apparut. Tony se redressa et fit un pas en arrière. Steve, immobile, cligna des yeux devant Tony, visiblement surpris.

— Tony ? Qu’est-ce que tu fais là ?

Tony ouvrit la bouche pour répondre mais se rendit très vite compte que « JARVIS a traqué la dernière position de téléphone et je suis venu te voir sans te le dire » ne le mettait pas vraiment en valeur, et pouvait très bien blesser Steve. Alors il ferma la bouche, mit les mains dans les poches de manière nonchalante, et tenta de se rattraper.

— Je passais dans le coin.

Les sourcils de Steve se hissèrent haut sur son front.

— Tu passais dans le coin, reprit Steve. Et tu pensais prendre des cours de chant ?

Tony sourit, un peu crispé, espérant ne pas donner l’impression d’être mal à l’aise, et haussa les épaules.

— Oui ?

Le visage de Steve s’adoucit quelque peu.

— Tu me poses la question ?

— Non, répondit Tony avec plus de force dans la voix. Je suis sûr de moi.

— J’en conclus donc que tu ne m’évites plus.

Tony baissa légèrement la tête, remontant ses lunettes devant ses yeux.

— Le sort est parti, c’est fini.

Steve cacha vite sa déception mais Tony la vit quand même, et ça lui fit un pincement au cœur. On aurait dit que Steve aurait préféré qu’il soit encore ensorcelé. Il ne savait pas comment le prendre.

— Je voulais pas te déranger, dit Tony, tendu, je vais te laisser.

Il allait s’en aller quand Steve lui attrapa le bras doucement.

— Attends, Tony. Il faut que je te dise quelque chose.

Le dos tourné à Steve, l’inventeur ferma brièvement les yeux, et compta jusqu’à trois. Puis, il prit un sourire un peu narquois et se retourna pour faire face au supersoldat.

— On peut avoir cette conversation plus tard ? Je me suis rappelé que j’avais un rendez-vous important.

Tony fit bien attention que ses lunettes couvraient ses yeux correctement. Steve fronça légèrement les sourcils, à moitié inquiet et confus.

— Tony, on peut—

— À plus, Steve ! s’écria Tony en dégageant le bras de l’emprise de Steve.

Fort heureusement, le supersoldat ne fit rien pour le retenir.

Tony sortit rapidement du centre, disant à peine au revoir à la jeune fille de la réception. Il entra dans sa voiture et démarra en trombe, ne voulant pas rester ici, aussi proche de Steve alors qu’il ne supportait plus la présence de Tony.

À la Tour, il alla directement dans son atelier, ne voulant pas parler aux autres vengeurs. Il avait juste envie d’éviter les questions, et il savait qu’il serait interrogé dès qu’il poserait le pied dans les salles communes.

— JARVIS, je ne veux pas être dérangé, à part si c’est Pepper, Rhodey ou si c’est une urgence. Et s’il te plaît, ajouta-t-il, ne discute pas. Je n’ai pas la patience de te gérer aussi.

— Bien monsieur, répondit JARVIS sans fioritures.

Un clic retentit dans l’atelier, signifiant que la porte venait d’être verrouillée et que les fenêtres transparentes étaient maintenant teintées, empêchant les autres de voir à l’intérieur, et donc, d’embêter Tony.


Un de ses ronflements le réveilla en sursaut. Il se releva subitement, les yeux encore à moitié fermés, et une douleur dans le cou. Son dos craqua, faisait grimacer Tony. Il se passa une main sur le visage, puis se massa légèrement le cou, tout en se demandant ce qui l’avait réveillé.

— JARVIS ? appela-t-il, la voix enrouée de sommeil. Tu as essayé de me réveiller ?

— Non, Monsieur. DUM-E était simplement inquiet pour vous.

Tony trouva le bot ennuyeux près du mini-frigo, dans la zone « détente » de l’atelier. Quand il se rendit compte que l’inventeur avait repris connaissance, DUM-E bipa deux, trois fois et roula jusqu’à lui rapidement.

— Qu’est-ce que tu me veux, saleté de bot ? Je sais, je sais, j’aurais dû aller m’allonger sur le canapé, répondit Tony quand le bot commença à s’exciter.

DUM-E se calma quelque peu, puis abaissa son bras et remonta sa caméra pour regarder Tony depuis le sol. L’inventeur pencha la tête sur le côté, se demandant ce que ce bot lui racontait, puis concluant rapidement qu’il n’en avait rien à faire.

— Je te comprends pas, DUM-E, alors j’ai décidé de t’ignorer.

Le bot releva son bras et lança une série de bips que Tony, comme il l’avait annoncé, ignora. Il se leva, sentit une douleur aiguë au niveau de sa colonne vertébrale, et crut qu’il allait s’écrouler mais la douleur passa, fugace. Il se faisait définitivement trop vieux pour ces bêtises. Il devrait sûrement arrêter de s’endormir assis à son bureau.

Cachant un bâillement avec sa main, Tony se dirigea vers le mini-frigo et l’ouvrit. Il se rendit compte assez rapidement qu’il ne restait rien qu’un pauvre citron et une des boissons saines qui ne lui donnaient vraiment pas envie à son réveil. Avec un soupir, il ferma la porte du frigo et se dirigea vers la sortie.

— JARVIS, arrête le blackout.

Dès que Tony fit la demande, toutes ses vitres redevinrent transparentes instantanément, révélant en même temps une personne assise contre l’une d’en elles. Il reconnaissait ce physique et ces cheveux blonds. Tony hésita ; il n’avait pas envie de sortir maintenant qu’il avait vu que Steve l’attendait à l'extérieur. Il ne voyait pas d’autres raisons pour lesquelles le supersoldat aurait attendu à l’extérieur de l’atelier si ce n’était pas pour Tony. Qui s’était enfermé là-dedans pendant des heures fut la pensée qui lui vint alors.

Tony se mordilla la lèvre inférieure. Malgré ce que Steve avait dit la veille, il ne pouvait le laisser comme ça, ça irait trop loin. Il soupira, se frotta la joue, soupira à nouveau.

— JARVIS, dis-moi depuis combien de temps le capitaine est là ?

— Depuis votre retour, Monsieur. Il est arrivé après le blackout que vous avez instauré.

Merde, ça faisait bien 5 heures.

— Et il n’a pas bougé du tout ?

— Juste pour boire et aller aux toilettes.

Tony secoua la tête. Steve pouvait se plaindre de Tony ; il n'était certes pas très regardant sur sa santé mais il connaissait ses limites, et il avait fourni beaucoup d’efforts pour s’améliorer. Steve, grâce au sérum, repoussait les limites de son corps encore et encore, et l’inventeur craignait qu’un jour, ces limites soient franchies et qu’il ne puisse plus revenir en arrière.

Il soupira une nouvelle fois, serra les poings pour se donner du courage et alla jusqu’à la porte. Il la poussa doucement, les yeux fixés sur Steve, qui la tête penchée, le menton sur le torse, laissait passer de légers ronflements. Tony ne put s’empêcher de sourire devant cette vision, puis il se reprit en se morigénant. Steve avait mal agi, et il ne fallait pas qu’il s’attendrisse devant ce genre de geste.

— Rogers, appela doucement Tony quand le supersoldat n’eut pas l’air de réagir à la simple présence de Tony, Rogers.

L’homme ronfla plus fort, sa tête faisant un petit bond, dans la litanie dans laquelle Tony l’avait trouvé. Il s’accroupit, et posa la main sur son épaule, sa peau touchant à peine le pull que Steve portait. Puis, Tony attrapa plus franchement l’épaule de Steve et la secoua doucement au début, puis un peu plus fort quand ça ne sembla pas faire réagir l’homme.

Sans ouvrir les yeux, un bras de Steve s’étira soudainement et attrapa la main de Tony et l’arracha de son épaule.

— Steve ! s’écria Tony avec un bruit de douleur.

L’autre homme ouvrit les yeux, et regarda, horrifié par son geste. Il lâcha le bras de Tony comme s’il s’était brûlé et se leva pour mettre un peu d’espace entre lui et l’inventeur. Ce dernier tenait son poignet qui le lançait contre lui, une grimace sur le visage. Il se leva lui aussi, un peu incertain au début, mais quand il vit que Steve évitait son regard, la culpabilité écrite sur son visage, Tony s’avança vers lui.

— Steve, je vais bien.

Steve sursauta à la voix de Tony, et quand il vit qu’il s'était plus rapproché que ce qu’il pensait, il écarquilla les yeux et tenta de s’échapper. Tony ne lui en laissa pas l’opportunité et se plaça devant lui. Il ne pouvait pas laisser Steve partir comme ça, pas dans cet état, pas après ce qu’il s’était passé.

— Tony, laisse-moi partir, je ne devrais pas être ici.

Steve leva la main pour repousser Tony mais avorta son geste, et fit tomber sa main le long de son corps.

— Tu ne l’as pas fait exprès, Steve. Et je suis pratiquement sûr que je n’ai rien de cassé.

Pour prouver ses dires, Tony montra son poignet et tenta une rotation. Une douleur aiguë s’élança dans son poignet au même moment, et il ne put retenir une grimace de douleur. Steve eut l’air encore plus secoué.

— Arrête ça, Tony. Arrête d’essayer de me faire sentir mieux, je t’ai fait du mal. Je — je suis désolé.

Tony soupira, bloquant son poignet blessé avec son autre main.

— Et je n’aurais peut-être pas dû te réveiller de cette façon. Je sais ce que ça fait de réagir par instinct au réveil.

Steve le regarda du coin de l’œil, comme s’il n’osait pas le regarder complètement.

— Ne t’excuse pas Tony. (Il fit une pause) Je devrais y aller. Et tu devrais aller à l’infirmerie. Ne laisse pas cette blessure non traitée.

Comme Tony lui bloquait toujours le chemin, Steve n’osa pas bouger. Puis, tout doucement, il s’avança vers Tony, espérant le faire bouger par son seul physique. Mais c’était mal connaître Tony. Il avait fait face à des hommes et des choses bien plus grands et forts que Steve Rogers, et aussi beaucoup plus mauvaises intrinsèquement.

— Tony, est-ce que tu peux me laisser passer s’il te plaît ?

Il souffla un rire par le nez au ton extrêmement poli de Steve.

— OK, répondit-il, une lueur d’espoir apparaissant dans les yeux de Steve. Mais à une condition.

Les épaules de Steve retombèrent quelque peu, et il semblait un peu moins stressé qu’une seconde plus tôt. Il regarda Tony avec un léger haussement de sourcil peu impressionné. Tony supposa qu’ils se connaissaient assez bien maintenant pour reconnaître certains traits de caractère de l’autre.

— Pourquoi, au nom du sens commun, est-ce que tu as attendu au pied de ma porte tout ce temps ?

Steve baissa légèrement la tête, passa une main dans son cou, l’air embarrassé.

— Je voulais te parler de la dernière fois, après ma visite à ton bureau.

Tony blanchit en se remémorant cet incident assez humiliant, à son humble avis.

— Ah, oui. Certes. Je suis désolé pour ça, ce n’était pas volontaire.

Tony s’éclaircit la gorge quand il sentit que sa voix partait dans les aigus. Il aurait préféré oublier ce moment embarrassant. Une expression de tristesse passa sur le visage de Steve et que Tony détesta. Il haïssait quand les gens le prenaient en pitié, mais il pouvait faire abstraction et les rendre jaloux en démontrant son intelligence et son charme. Ça le désarmait quand la pitié venait de personnes qu’il aimait, et c'était encore plus difficile à accepter quand elle venait de Steve. Ça lui rappelait toujours cette première rencontre où Tony s’était senti écrasé par la présence physique de Steve Rogers, Captain America, sans que ce dernier ne sache pourquoi, et il avait réagi par instinct et avec niaque.

— Ce n’était pas de ta faute, Tony, dit Steve d’une voix douce, irritant Tony sans le vouloir.

— Ne me parle pas comme ça ! s’écria-t-il. Je ne suis pas un gamin qui a besoin qu’on le protège, je suis un adulte, putain.

Steve eut un recul comme s’il était frappé de plein fouet par la colère de Tony. Ce dernier soupira, s’en voulant d’avoir craqué comme ça.

— Je suis désolé, je voulais pas te parler comme ça. C’est juste que, reprit-il avec un peu de véhémence, tu m’as ignoré toute la semaine après avoir annoncé que le sort avait disparu, et… et je l’ai mal pris.

Voilà, il avait dit la vérité. Enfin, une partie. Mais tout de même : Pepper serait contente de Tony. Elle lui avait toujours rappelé que la communication était un élément important dans un couple (ou n’importe quelle relation, privée ou professionnelle). Maintenant, Steve savait (presque) tout, à lui de jouer ses cartes.

— Je ne voulais pas te faire du mal, soupira Steve. Je suis désolé si tu l’as pris comme ça.

— Je crois que je ne sais plus la signification du mot « désolé », remarqua-t-il doucement, je crois qu’on l’a trop dit.

Steven sourit légèrement, et Tony put respirer un peu mieux en voyant son visage amusé. Il n’avait pas tout gâché pour l’instant, il semblerait.

— OK, on peut arrêter de le dire pour l’instant. Et je n’ai jamais voulu te faire penser que je t’ignorais toute cette semaine, je suis dé—

Il s’arrêta net, pouffa quand Tony lui jeta un regard noir, puis, il reprit :

— Je ne t’ai pas ignoré volontairement. Disons que j’ai été très occupé (une grimace fugace passa sur son visage) et je n’ai pas eu le temps de venir te voir. Et je tiens à te faire remarquer que tu m’as ignoré avant ça, et bien plus longtemps.

— Ce n’est pas une compétition, protesta Tony, un peu grognon, et très mauvais joueur.

— Non, ce n’est pas une compétition, tu as raison, mais je ne comprenais pas pourquoi tu m’évitais à ce point, jusqu’à ce que je vienne te voir à ton bureau.

Tony évita le regard de Steve, croisa les bras, et resta muet. S’il gardait la bouche fermée, il ne serait pas tenté de dire quoique ce soit qui pourrait les contrarier. Et peut-être que s’il se taisait, Steve n’en parlerait pas non plus.

— Quand tu as chanté cette chanson, reprit Steve, je n’ai pas trop compris pourquoi, et j’étais inquiet comme tu ne voulais rien me dire, alors je suis allé voir Dr Strange, et il m’a tout dit.

Tony ne put s’empêcher de regarder Steve à cette révélation et déglutit sous toutes les émotions qu’il put lire dans les yeux de l’autre homme. Ça lui faisait presque oublier que Strange avait tout déballé à Steve. Tony devrait lui rappeler de l'existence de l’intimité et le serment déontologique.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit ? demanda Tony quand Steve resta silencieux, les mains moites, et les battements de son cœur s’accélérant.

Il avait brisé sa propre règle, mais il n’était pas vraiment en colère contre lui-même. Peut-être qu’il se trompait mais ce qu’il pouvait voir de Steve n’était pas négatif, au contraire…

Steve prit une petite inspiration :

— Il m’a dit que ce sort t’obligeait à chanter tes sentiments. J’ai demandé à l’équipe si tu leur avais chanté une chanson aussi, et tout le monde m’a dit non, j’en ai donc conclu…

Tony retint sa respiration, ne sachant pas à quoi s’attendre. Il ne put retenir un petit hoquet de surprise quand Steve commença à chanter.

C’est tellement simple, l’amour, tellement possible, l’amour, à qui l’entend, regarde autour, à qui le veut, vraiment.

N’y croyant pas au début, Tony se laissa faire quand Steve s’approcha de lui et lui prit délicatement les poignets pour lui décroiser les bras. Il fit attention à son poignet meurtri, l’embrassant légèrement entre deux mots chantés.

Steve finit la chanson en regardant Tony dans les yeux, la main de Tony contre son torse, tout près du cœur qui battait aussi vite que celui de l’inventeur. Tony resta sans voix les quelques secondes après la fin de la chanson, se demandant s’il n’était pas en train de rêver.

— Si ce n’est toujours pas assez explicite, reprit Steve en parlant, avec un sourire timide, c’est réciproque. Ce que tu ressens pour moi, je le ressens aussi pour toi.

Ce furent les mots magiques qui firent redémarrer le cerveau de Tony. Sans mot dire, il effaça les derniers centimètres qui le séparèrent encore de Steve, leva la tête et l’embrassa sur la bouche. Steve enroula une de ses mains autour de la tête de Tony, son autre bras autour de son corps pour le rapprocher de lui, et sourit contre ses lèvres.

Afterword

Please drop by the Archive and comment to let the creator know if you enjoyed their work!